Quel jour sommes-nous ?

Dans le présent article nous répondons à la question posée par l’énigme suivante :

Quand après-demain sera hier, il nous faudra autant de jours pour atteindre dimanche qu’il nous en a fallu quand avant-hier était demain, pour que nous soyons aujourd’hui. Quel jour de la semaine sommes-nous ?

D’entrée de jeu, il convient de mettre sur pied un modèle mathématique prenant en compte les données de l’énigme. Dans cette optique, considérons la collection J des sept jours de la semaine : lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche. Alors, une correspondance j de l’ensemble \{0,1,2,3,4,5,6\} vers la collection J est définie par

\displaystyle j(0)=\text{lundi}, \qquad j(1)=\text{mardi}, \qquad j(2)=\text{mercredi}, \qquad j(3)=\text{jeudi}

\displaystyle j(4)=\text{vendredi}, \qquad j(5)=\text{samedi} \qquad\text{ et }\qquad j(6)=\text{dimanche}.

Dans un souci de simplification, posons j_{n}=j(n) pour chaque n\in\{0,1,2,3,4,5,6\}. Ainsi, la collection J des jours de la semaine est donnée par

\displaystyle J=\bigl\{j_{0}, j_{1}, j_{2}, j_{3}, j_{4}, j_{5}, j_{6}\bigr\}.

Elle est un ensemble au sens de Zermelo et Fränkel, eu égard à l’Axiome de Remplacement.

Considérons maintenant l’ensemble \mathbb{Z} des entiers relatifs, ainsi que l’application r, définie de \mathbb{Z} vers \{0,1,2,3,4,5,6\}, associant à chaque entier z le reste r(z) de la division euclidienne de z par 7. Par exemple, r(25)=4, puisque 25=7\times 3 + 4.

Notons également que l’ensemble \mathbb{Z}, muni de l’opération d’addition +, est un groupe abélien. Autrement dit, les quatre conditions suivantes sont satisfaites.

  • L’addition sur \mathbb{Z} est associative : (a+b)+c=a+(b+c) pour tout triplet (a, b, c)\in\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}.
  • L’addition sur \mathbb{Z} est commutative : a+b=b+a pour chaque couple (a, b)\in\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}.
  • L’addition sur \mathbb{Z} admet un élément neutre : a+0=0+a=a pout tout a\in\mathbb{Z}.
  • tout nombre entier relatif est inversible par l’addition : a+(-a)=(-a)+a=0 pour chaque a\in\mathbb{Z}.

Ceci signifie grosso-modo que l’addition sur \mathbb{Z} offre un cadre confortable pour le calcul. Ce confort peut être mis à contribution dans la construction d’un modèle adéquat de datation. Précisément, le groupe (\mathbb{Z},+) agit sur l’ensemble J des jours de la semaine par le biais de l’application suivante:

\displaystyle \mathbb{Z}\times J\rightarrow J,\ \ (z,j_{n})\mapsto z\oplus j_{n}=j_{r(z+n)},

r(z+n) symbolise le reste de la division euclidienne de z+n par 7. Nous avons notamment 20\oplus j_{5}=j_{r(25)}=j_{4}, car 25=7\times 3+4. Du reste, à l’évidence,

\displaystyle 0\oplus j_{n}=j_{n}

pour tout n\in\{0,1,2,3,4,5,6\}. Au demeurant,

\displaystyle a\oplus(b\oplus j_{n})=(a+b)\oplus j_{n}

pour chaque couple (a,b)\in\mathbb{Z}\times\mathbb{Z} et tout n\in\{0,1,2,3,4,5,6\}. (Le lecteur est invité à s’en convaincre). Ces deux identités sont les principales vertus de cette action du groupe (\mathbb{Z},+) sur l’ensemble des jours de la semaine. Elles permettent de faire des datations du type formulées dans les questions suivantes:

(a) Quel jour de la semaine serons-nous vingt-cinq jours après jeudi ?

(b) Quel jour de la semaine étions-nous il y a dix-huit jours si aujourd’hui est lundi ?

Pour répondre à la question (a) par exemple, il suffit de noter que jeudi est symbolisé par j_{3}, puis calculer 25\oplus j_{3}. À cet effet, remarquons que 28=7\times 4+0. Donc,

\displaystyle r(28)=0 \qquad\text{ et }\qquad 25\oplus j_{3}=j_{r(25+3)}=j_{r(28)}=j_{0}.

Par conséquent, vingt-cinq jours après jeudi, nous serons lundi.

La question (b) a une réponse similaire. En effet, puisque -18=7\times (-3)+3, le reste de la division euclidienne de -18 par 7 est 3. De ce fait,

\displaystyle (-18)\oplus j_{0}=j_{r(-18+0)}=j_{r(-18)}=j_{3}.

Ainsi, si nous sommes lundi, alors nous étions jeudi il y a dix-huit jours.

Dans ce sillage, retournons à l’énigme initiale. Nous sommes j_{n}, où avec n est un nombre de l’ensemble \{0,1,2,3,4,5,6\}. Quand avant-hier était demain, nous étions

\displaystyle (-1)\oplus\bigl((-2)\oplus j_{n}\bigr)=\bigl((-1)+(-2)\bigr)\oplus j_{n}=(-3)\oplus j_{n},

et il fallait 3 jours pour que nous soyons aujourd’hui. Par ailleurs, quand après-demain sera hier, nous serons

\displaystyle 1\oplus(2\oplus j_{n})=(1+2)\oplus j_{n}=3\oplus j_{n}.

S’il faut autant de jours pour atteindre dimanche qu’il en a fallu quand avant-hier était demain, pour que nous soyons aujourd’hui, alors

\displaystyle 3\oplus(3\oplus j_{n})=j_{6}.

Autrement dit,

\displaystyle j_{r(6+n)}=6\oplus j_{n}=(3+3)\oplus j_{n}=3\oplus(3\oplus j_{n})=j_{6}.

Donc, r(6+n)=6. Cependant, le nombre 6+n appartient à l’ensemble

\displaystyle E=\{6,7,8,9,10,11,12\},

car n\in\{0,1,2,3,4,5,6\}. À l’évidence, 6 est le seul élément de E dont le reste pour la division euclidienne par 7 est 6. Par conséquent, 6+n=6. Ceci induit n=0. Le jour recherché est donc j_{0}, c’est-à-dire lundi.

En effet, si nous sommes lundi, quand après-demain sera hier, nous serons jeudi et, il faudra 3 jours pour atteindre dimanche. En outre, si nous sommes lundi, alors avant-hier était samedi, le lendemain de vendredi. Et, de vendredi à lundi, il faut également 3 jours.

Cet article montre bien la pertinence et l’intérêt de la théorie mathématique des ensembles, des structures algébriques ou des nombres. Ces théories sont introduites dans le Volume I du Discours formel sur les mathématiques pour le secondaire. L’ouvrage évoque notamment la théorie des groupes et des actions de groupes, mise à contribution dans la solution à l’énigme proposée ici. Une solution analogue est concevable pour l’interrogation suivante :

Hier, jeudi était quatre jours après-demain. Quel jour de la semaine sommes-nous ?

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