C’est l’outil qui permet de calculer une distance dans l’espace sans poser un seul repère, et c’est aussi celui qui justifie l’apothème d’une pyramide, objet que le collège manipule sans jamais dire de quel droit. Son énoncé tient en une ligne, sa démonstration en trois, et il repose entièrement sur la distinction posée dans l’article précédent.
L’article poursuit la série Du point à l’espace. Il suppose acquises la différence entre perpendiculaire et orthogonal et la caractérisation de l’orthogonalité par le produit scalaire, toutes deux établies dans les articles précédents.
1. Ce qu’il faut avoir construit d’abord
Le théorème parle du projeté orthogonal d’un point sur un plan. Or l’annexe A de Du Point à l’Espace ne construit que les projections parallèles : pour un plan et une droite
sécante à
, le projeté d’un point
est l’intersection avec
de la parallèle à
menée par
. Aucune orthogonalité n’intervient dans cette définition, et c’est voulu : la projection est une notion de parallélisme, pas de métrique.
La projection orthogonale en est le cas particulier où la direction de projection est celle des droites orthogonales à . Pour que ce cas particulier ait un sens, il faut le lemme suivant, qu’on admettra ici.
Lemme. Par tout point de l’espace passe une unique droite orthogonale à un plan donné.
Pour un point extérieur à
, cette droite coupe
en un point unique, noté
et appelé projeté orthogonal de
sur
.
2. L’énoncé
Théorème des trois perpendiculaires. Soient
un plan,
un point n’appartenant pas à
, et
le projeté orthogonal de
sur
. Soient
une droite contenue dans
et
un point de
. Alors
Les trois perpendiculaires du nom sont , perpendiculaire au plan, puis
et
, perpendiculaires à la droite. Le théorème dit que les deux dernières vont toujours ensemble : dès que la première est en place, vérifier l’une revient à vérifier l’autre. On suppose
; sinon
et l’énoncé est vide.
3. Deux démonstrations, et ce que chacune révèle
Par le produit scalaire. Soit un vecteur directeur de
. La droite
est orthogonale à
, donc à toutes les droites de
, donc à
: ainsi
. La relation de Chasles donne
, d’où, par bilinéarité,
L’un des deux produits est nul si et seulement si l’autre l’est. Les deux droites passant par , orthogonalité et perpendicularité coïncident, et l’équivalence est démontrée — dans les deux sens à la fois, ce qu’une démonstration synthétique ne donne pas gratuitement.
Sans vecteurs. Supposons . La droite
est orthogonale à
, puisque cette dernière est orthogonale au plan qui contient
; elle est orthogonale à
par hypothèse. Or
et
sont deux droites sécantes en
du plan
. Le critère établi dans l’article précédent s’applique :
est orthogonale au plan
, donc à toutes ses droites, donc à
. Comme elles se coupent en
, elles sont perpendiculaires.
La réciproque s’obtient en échangeant les rôles de et
: si
, alors
est orthogonale à
et à
, deux droites sécantes en
du même plan
, d’où la même conclusion. La symétrie de l’argument est le véritable contenu du théorème : tout se passe dans le plan
, et la droite
lui est orthogonale entièrement, ou pas du tout.
4. Ce qu’il fait gagner
![Pyramide régulière SABCD : H est le centre du carré de base, K le milieu de [AB] ; (HK) est perpendiculaire à (AB), donc (SK) l'est aussi.](https://nguembou.net/wp-content/uploads/2026/08/e9-pyramide.png)
Prenons une pyramide régulière à base carrée , de côté
et de hauteur
, et cherchons la distance du sommet
à l’arête de base
. Le pied de la hauteur est le centre
du carré. Soit
le milieu de
: dans le plan de base, la droite
est la médiatrice de
, donc perpendiculaire à
. Le théorème donne immédiatement
, donc
Aucun repère, aucune coordonnée, deux lignes de calcul. La longueur est ce que le collège appelle l’apothème de la pyramide, et qu’il emploie dans la formule de l’aire latérale sans jamais justifier qu’elle est bien la hauteur du triangle
. C’est précisément ce que le théorème établit.
Le même mécanisme sert à définir l’angle dièdre de deux demi-plans : on choisit un point sur l’arête et, dans chaque demi-plan, la perpendiculaire à l’arête. Le théorème garantit que l’angle obtenu ne dépend pas du point choisi — sans quoi la notion serait vide.

5. Le piège
L’énoncé exige que soit le projeté orthogonal de
. Prenez pour
un point quelconque de
et l’équivalence tombe : le calcul du paragraphe 3 laisse alors subsister le terme
, qui n’a aucune raison d’être nul. C’est l’erreur la plus fréquente dans les copies, et elle est indolore à l’œil : la figure reste plausible, seul le raisonnement s’effondre.
On retiendra la forme la plus sûre de l’énoncé : une droite du plan est perpendiculaire à l’oblique si et seulement si elle est perpendiculaire à sa projection — à condition que le mot projection y soit pris au sens orthogonal.
Les projections, définies à partir du seul parallélisme, occupent la section 2 de l’annexe A de Du Point à l’Espace. La projection orthogonale et le théorème des trois perpendiculaires n’y figurent pas ; ils sont construits ici sur cette base.