L’algorithme d’Euclide descend : il réduit un couple d’entiers jusqu’à leur PGCD. Ce que l’on ignore souvent, c’est qu’on peut le remonter, et qu’en le remontant on obtient bien davantage que le PGCD : on obtient une façon de l’écrire à partir des deux nombres de départ. C’est l’identité de Bézout, et elle ouvre la résolution des équations diophantiennes.
Cet article donne d’abord le corrigé de l’exercice précédent, puis expose l’identité.
Corrigé, partie A
1. L’algorithme d’Euclide appliqué à et
tient en deux divisions :
Le dernier reste non nul vaut 231, donc .
2. Reprenons le lemme de l’article précédent : chaque étape de l’algorithme conserve l’ensemble des diviseurs communs. À la dernière étape, le couple est où
est le PGCD, et les diviseurs communs de
et de 0 sont exactement les diviseurs de
. D’où un résultat qui servira partout :
Les diviseurs communs de
et
sont exactement les diviseurs de
.
Notons . Un entier
divise
,
et
si et seulement s’il divise
et
, et divise
; c’est-à-dire si et seulement s’il divise
et divise
; c’est-à-dire si et seulement s’il divise
. Les deux triplets ont donc les mêmes diviseurs communs, et le même plus grand.
3. Il reste à calculer :
Donc .
4. Par décomposition :
Les seuls facteurs premiers présents dans les trois écritures sont 3 et 7, chacun à l’exposant 1 au minimum. Le PGCD vaut donc . Le résultat concorde — mais il aura fallu factoriser trois nombres, là où cinq divisions suffisaient.
Corrigé, partie B
5. La relation de la question 6 donne immédiatement
en simplifiant avant de multiplier. Aucune factorisation nouvelle.
6. Posons , puis
et
. Les entiers
et
sont premiers entre eux : un diviseur commun
de
et
donnerait à
le statut de diviseur commun de
et
, donc
, donc
.
Le nombre est un multiple commun, puisqu’il vaut
et aussi
. Montrons qu’il divise tout multiple commun
. Écrivons
. Comme
divise
, l’entier
divise
, donc
divise
. Or
et
sont premiers entre eux ; nous verrons plus bas que cela force
à diviser
. Alors
et
.
Ainsi , et
Corrigé, partie C : la question qui piège
7. Non. Le contre-exemple le plus court est : le PGCD vaut 2, le PPCM vaut 2, leur produit vaut 4, tandis que
.
Une identité vraie pour deux nombres n’a aucune raison de l’être pour trois. C’est l’une des habitudes de pensée les plus coûteuses en mathématiques, et elle ne se corrige que par l’exemple.
Il existe bien une formule correcte, mais elle est plus lourde :
Elle se lit sur les exposants des facteurs premiers, où elle se réduit à l’identité , elle-même vérifiable en supposant
.
Remonter l’algorithme
Reprenons l’exemple du premier article, :
Isolons le reste dans chaque ligne, puis remplaçons de proche en proche, en partant de l’avant-dernière :
Vérification : et
, dont la différence vaut bien 23. Nous avons donc écrit le PGCD comme une combinaison des deux nombres de départ, avec des coefficients entiers.
L’identité et le théorème
Identité de Bézout. Pour tous entiers
et
non tous deux nuls, il existe des entiers relatifs
et
tels que
.
La remontée ci-dessus n’est pas un tour de main propre à cet exemple : c’est la démonstration. À chaque ligne de l’algorithme, le reste s’écrit comme combinaison des deux termes précédents ; en descendant la liste, tout reste s’écrit donc comme combinaison de et de
. Le dernier reste non nul — le PGCD — ne fait pas exception.
Attention au sens : l’identité affirme l’existence de et
, elle ne les rend pas uniques. Le couple
convient, mais
aussi, et une infinité d’autres.
Théorème de Bézout. Deux entiers
et
sont premiers entre eux si, et seulement si, il existe des entiers
et
tels que
.
Le sens direct est le cas particulier de l’identité. La réciproque est la partie utile : si
, alors tout diviseur commun de
et
divise 1, donc vaut 1. Autrement dit, une seule combinaison égale à 1 suffit à prouver la primalité entre deux nombres, sans rien connaître de leurs facteurs.
C’est aussi ce qui comble la lacune laissée à la question 6. Si divise
avec
et
premiers entre eux, écrivons
, puis multiplions par
:
Le nombre divise le premier terme, puisqu’il divise
, et le second de façon évidente. Il divise donc
. Ce petit raisonnement porte un nom, et il fait l’objet de l’article suivant : c’est le théorème de Gauss.
L’équation 
Toute solution entière rend multiple de
, puisque ce dernier divise
et
. Réciproquement, si
divise
, l’identité de Bézout fournit une solution : il suffit de multiplier la combinaison par le quotient.
L’équation
admet des solutions entières si, et seulement si,
divise
.
Prenons . Comme
, l’équation a des solutions. En multipliant par 4 la combinaison obtenue plus haut :
Le couple est une solution particulière. Toutes les autres s’en déduisent, en divisant les coefficients par le PGCD :
puisque et
. Pour
, on obtient
, que le lecteur vérifiera. Que ces formules donnent toutes les solutions, et pas seulement des solutions, se démontre par le théorème de Gauss.
Note historique
Étienne Bézout (1730-1783) a laissé son nom à cette identité, qu’il établit pour les polynômes dans sa Théorie générale des équations algébriques, en 1779. Pour les entiers, le résultat lui est antérieur d’un siècle et demi : on le trouve chez Claude-Gaspard Bachet de Méziriac dès 1624, dans ses Problèmes plaisants et délectables qui se font par les nombres. L’usage français a tranché en faveur de Bézout ; l’exactitude historique pencherait plutôt pour Bachet.
L’identité de Bézout et les équations diophantiennes occupent le chapitre 3 de Mathématiques en terminales scientifiques, Tome 2 — Arithmétique : cours et exercices corrigés.
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